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Fabre d’Olivet et la Cabbale mère.

01 La Langue hébraïque restituée livret I

L’Egypte source de la langue hébraïque


Des racines de l’ancienne Egypte, à la captivité Babylonienne, les tribulations et l’inéluctable dégénérescence de la langue hébraïque.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : L’origine de la Parole I

A l’origine la parole par Fabre d’Olivet


Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire.

L’ORIGINE de la Parole est généralement inconnue. C’est en vain que les savants des siècles passés ont essayé de remonter jusqu’aux principes cachés de ce phénomène brillant qui distingue l’homme de tous les êtres dont il est environné, réfléchit sa pensée, l’arme du flambeau du génie, et développe ses facultés morales ; tout ce qu’ils ont pu faire, après de longs travaux, a été d’établir une série de conjectures plus ou moins ingénieuses, plus ou moins probables, fondées en général sur la nature physique de l’homme qu’ils jugeaient invariable, et qu’ils prenaient pour base de leurs expériences. Je ne parle point ici des théologiens scholastiques qui, pour se tirer d’embarras sur ce point difficile, enseignaient que l’homme avait été créé possesseur d’une langue, toute formée ; ni de l’évêque Walton, qui, ayant embrassé cette commode opinion, en donnait pour preuve les entretiens de Dieu même avec le premier homme, et les discours qu’Ève avait tenus au serpent ; ne réfléchissant pas que ce prétendu serpent qui s’entretenait avec Ève, et auquel Dieu parlait aussi, aurait donc puisé à la même source de la Parole, et participé à la langue de la Divinité. Je parle de ces savants qui, loin de la poussière et des cris de l’école, cherchaient de bonne foi la vérité que l’école ne possédait plus. D’ailleurs les théologiens eux-mêmes avaient été dès longtemps abandonnés de leurs disciples. Le père Richard Simon, dont nous avons une excellente histoire critique du Vieux-Testament, ne craignait pas, en s’appuyant de l’autorité de St. Grégoire de Nysse, de rejeter l’opinion théologique à cet égard, et d’adopter celle de Diodore de Sicile, et même celle de Lucrèce, qui attribuent la formation du langage à la nature de l’homme, et à l’instigation de ses besoins.

Ce n’est point parce que j’oppose ici l’opinion de Diodore de Sicile ou de Lucrèce à celle des théologiens, qu’on doive en inférer que je la juge meilleure. Toute l’éloquence de J.-J. Rousseau ne saurait me la faire approuver. C’est un extrême heurtant un autre extrême, et par cela même, sortant du juste milieu où réside la vérité. Rousseau dans son style nerveux et passionné, peint plutôt la formation de la société que celle du langage : il embellit ses fictions des couleurs les plus vives, et lui-même, entraîné par son imagination, croit réel ce qui n’est que fantastique. On voit bien dans son écrit un commencement possible de civilisation, mais non point une origine vraisemblable de la Parole. Il a beau dire que les langues méridionales sont filles du plaisir, et celles du nord de la nécessité : on lui demande toujours comment le plaisir ou la nécessité peuvent enfanter simultanément des mots que toute une peuplade s’accorde à comprendre, et surtout s’accorde à adopter.



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Livre de Fabre d’Olivet : études des langues

A l’origine la parole par Fabre d’Olivet


Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 2.

N’est-ce pas lui (Rousseau) qui a dit, avec une raison plus froide et plus sévère, que le langage ne saurait être institué que par une convention, et que cette convention ne saurait se concevoir sans le langage ? Ce cercle vicieux dans lequel l’enferme un Théosophe moderne peut-il être éludé ? Ceux qui se livrent à la prétention de former nos langues, et toute la science de notre entendement par les seules ressources des circonstances naturelles, et par nos seuls moyens humains, dit ce Théosophe, s’exposent de leur plein gré à cette objection terrible qu’ils ont eux-mêmes élevée ; car qui ne fait que nier ne détruit point, et l’on ne réfute point un argument parce qu’on le désapprouve : si le langage de l’homme est une convention, comment cette convention s’est-elle établie sans langage ?

Lisez avec attention et Locke et Condillac, son disciple le plus laborieux ; vous aurez, si vous voulez, assisté à la décomposition d’une machine ingénieuse, vous aurez admiré peut-être la dextérité du décompositeur ; mais vous serez resté aussi ignorant que vous l’étiez auparavant et sur l’origine de cette machine, et sur le but que s’est proposé son auteur, et sur sa nature intime, et sur le principe qui en fait mouvoir les ressorts. Soit que vous réfléchissiez d’après vous-même, soit qu’une longue étude vous ait appris à réfléchir d’après les autres, vous ne verrez bientôt dans l’habile analyste qu’un opérateur ridicule, qui s’étant flatté de vous expliquer et comment et pourquoi danse tel acteur sur le théâtre, saisit un scalpel et dissèque les jambes d’un cadavre. Socrate et Platon vous reviennent dans la mémoire. Vous les entendez encore gourmander les physiciens et les métaphysiciens de leur temps ; vous opposez leurs irrésistibles arguments à la vaine jactance de ces écrivains empiriques, et vous sentez bien qu’il ne suffit pas de démonter une montre pour rendre raison de son mouvement. Mais si l’opinion des théologiens sur l’origine de la Parole choque la raison, si celle des historiens et des philosophes ne peut résister à un examen sévère, il n’est donc point donné à l’homme de la connaître. L’homme, qui selon le sens de l’inscription du temple de Delphes,

Cette fameuse inscription connais-toi toi-même, était, selon Pline, du sage Chicon, célèbre philosophe grec qui vivait vers l’an 560 avant J.-C. Il était de Lacédémone, et mourut de joie, dit-on, en embrassant son fils, vainqueur aux jeux olympiques.

ne peut rien connaître qu’autant qu’il se connaît lui-même, est dors, condamné à ignorer ce qui le place au premier rang parmi les êtres sensibles, ce qui lui donne le sceptre de la Terre, ce qui le constitue véritablement homme ; la Parole ! Non, non cela ne peut être, parce que la Providence est juste. Un nombre assez considérable de sages parmi toutes les nations a pénétré ce mystère, et si malgré leurs efforts, ces hommes privilégiés n’ont pu communiquer mystere,leur science et la rendre universelle, c’est que les moyens, les disciples ou les circonstances favorables leur ont manqué pour cela.



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Livre de Fabre d’Olivet : la connaissance de la parole

A l’origine la parole par Fabre d’Olivet


Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 3.

Car la connaissance de la Parole, celle des éléments et de l’origine du langage, ne sont point au nombre de ces connaissances que l’on transmet facilement à d’autres, ou qu’on démontre à la manière des géomètres. Avec quelque étendue qu’on les possède, quelques racines profondes qu’elles aient jetées dans un esprit, quelques fruits nombreux qu’elles y aient développés, on n’en peut jamais communiquer que le principe.

Ainsi, rien dans la nature élémentaire ne se propage ni tout de suite, ni tout à la fois : l’arbre le plus vigoureux, l’animal le plus parfait, ne produisent point simultanément leur semblable. Ils jettent, selon leur espèce, un germe d’abord très différent d’eux, qui demeure infertile, si rien d’extérieur ne coopère à son développement. Les sciences archéologiques, c’est-à-dire toutes celles qui remontent aux principes des choses, sont dans le même cas. C’est en vain que les sages qui les possèdent s’épuisent en généreux efforts pour les propager. Les germes les plus féconds qu’ils en répandent, reçus par des esprits incultes, ou mal préparés, y subissent le sort de ces semences qui, tombant sur un terrain pierreux, ou parmi les épines, y meurent stériles ou étouffées.

Les secours n’ont pas manqué à nos savants ; c’est l’aptitude à les recevoir. La plupart de ceux qui s’avisaient d’écrire sur les langues ne savaient pas même ce que c’était qu’une langue ; car il ne suffit pas pour cela d’avoir compilé des grammaires, ou d’avoir sué sang et eau pour trouver la différence d’un supin à un gérondif ; il faut avoir exploré beaucoup d’idiomes, les avoir comparés entre eux assidûment et sans préjugés ; afin de pénétrer, par les points de contact de leur génie particulier, jusqu’au génie universel qui préside à leur formation, et qui tend à n’en faire qu’une seule et même langue. Parmi les idiomes antiques de l’Asie, il en est trois qu’il faut absolument connaître si l’on veut marcher avec assurance clans le champ de l’étymologie, et s’élever par degrés jusqu’à la source du langage. Ces idiomes, que je puis bien, à juste titre, nommer des langues dans le sens restreint que l’on donne à ce mot, sont le chinois, le sanscrit, et l’hébreu. Ceux de mes Lecteurs qui connaissent les travaux des savants de Calcutta, et particulièrement ceux de William Jones, pourront s’étonner que je nomme l’hébreu en place de l’arabe dont cet estimable écrivain fait dériver l’idiome hébraïque, et qu’il cite comme l’une des langues-mères de l’Asie. Je vais expliquer ma pensée à cet égard, et dire en même temps pourquoi je ne nomme ni le persan ni le tatare oïghoury que l’on pourrait penser que j’oublie.



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Livre de Fabre d’Olivet : continent de l’Asie

A l’origine la parole par Fabre d’Olivet


Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 4.

Lorsque W. Jones jetant sur le vaste continent de l’Asie et sur les îles nombreuses qui en dépendent, un oeil observateur, y plaça cinq nations dominatrices entre lesquelles il en partagea l’héritage, il créa un tableau géographique d’une heureuse conception, et d’un grand intérêt, que l’historien ne devra pas négliger ; mais il eut égard en établissant cette division, plutôt à la puissance et â l’étendue des peuples qu’il nommait, qu’à leurs véritables titres à l’antériorité ; puisqu’il ne craint pas de dire que les Persans, qu’il range au nombre des cinq nations dominatrices, tirent leur origine des Hindous et des Arabes , et que les Chinois ne sont qu’une colonie indienne ; ne reconnaissant ainsi que trois souches primordiales, savoir. celle des Tatares, celle des Hindous, et celle des Arabes.

Quoique je ne puisse lui accorder entièrement cette conclusion, je ne laisse pas d’en inférer, comme je viens de le dire, que cet écrivain en nommant les cinq nations principales de l’Asie, avait eu plus d’égard à leur puissance qu’à leurs véritables droits à l’antériorité. Il est évident du moins, que s’il n’eût pas dû céder à l’éclat dont le nom arabe s’est environné dans ces temps modernes, grâce à l’apparition de Mahomet, et à la propagation du culte et de l’empire islamiste, W. Jones n’eut point préféré 1e peuple arabe au peuple hébreu, pour en faire une des souches primordiales de l’Asie. Cet écrivain avait fait une étude trop sûre des langues asiatiques pour ne pas savoir que les noms que nous donnons aux Hébreux et aux Arabes, quoiqu’ils paraissent très dissemblables, grâce à notre manière de les écrire, ne sont au fond que la même épithète modifiée par deux dialectes différents.

Tout le monde sait que l’un et l’autre peuple rapporte son origine au patriarche Hébereu : or, le nom de ce prétendu Patriarche ne signifie rien autre chose que ce qui est placé derrière ou ’ au-delà, ce qui est éloigné, caché, dissimulé, privé du jour ; ce qui passe, ce qui termine, ce qui est occidental, etc. Les Hébreux, dont le dialecte est évidemment antérieur à celui des Arabes, en ont dérivé hébri, et les Arabes harbi, par une transposition de lettres qui leur est très ordinaire dans ce cas. Mais soit qu’on prononce hébri, soit qu’on prononce harbi, l’un ou l’autre mot exprime toujours que le peuple qui le porte se trouve placé ou au-delà, ou à l’extrémité, ou aux confins, ou au bord occidental d’une contrée. Voilà, dès les temps les plus anciens, quelle était la situation des Hébreux ou des Arabes, relativement à l’Asie, dont le nom examiné dans sa racine primitive, signifie le Continent unique, la Terre proprement dite, la Terre de Dieu.



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Livre de Fabre d’Olivet : L’étude des langues

A l’origine la parole par Fabre d’Olivet


Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 5.

Si, loin de tout préjugé systématique, on considère attentivement l’idiome arabe, on y découvre les marques certaines d’un dialecte qui, en survivant à tous les dialectes émanés d’une même souche, s’est successivement enrichi de leurs débris, a subi les vicissitudes du temps, et, porté, au loin par un peuple conquérant, s’est approprié un grand nombre de mots étrangers à ses racines primitives ; s’est poli, s’est façonné sur les idiomes des peuples vaincus, et peu à peu s’est montré très différent de ce qu’il était à son origine ; tandis que l’idiome hébraïque, au contraire, et j’entends par cet idiome celui de Moyse, éteint depuis longtemps dans sa propre patrie, perdu pour le peuple qui le parlait, s’est concentré dans un livre unique, où presque aucune des vicissitudes qui ont altéré l’arabe n’a pu l’atteindre. C’est là surtout ce qui le distingue, et ce qui me l’a fait choisir.

Cette considération n’a point échappé à W. Jones. Il a bien vu que l’idiome arabe, pour lequel il sentait d’ailleurs beaucoup de penchant, n’avait produit aucun ouvrage digne de fixer l’attention des hommes avant le Koran, qui n’est encore qu’un développement du Sépher, de Moyse ; tandis que ce Sépher, refuge sacré de l’idiome hébreu, lui paraissait contenir, indépendamment d’une inspiration divine, plus de vraie sublimité, de beautés exquises, de moralité pure ; d’histoire essentielle et de traits de poésie et d’éloquence, que tous les livres ensemble, écrits dans aucune langue, et dans aucun siècle du monde.

Quoique ce soit beaucoup dire, et qu’on pût, sans faire le moindre tort au Sépher, lui comparer et même lui préférer certains ouvrages également fameux parmi les nations, j’avoue qu’il renferme pour ceux qui peuvent le lire, des choses d’une haute conception et d’une sagesse profonde ; mais ce n’est point assurément dans l’état où il se montre aux lecteurs vulgaires qu’il mérite de tels éloges,, à moins qu’on ne veuille se couvrir les yeux du double bandeau de la superstition et du préjugé. Sans doute W. Jones l’entendait dans sa pureté, et c’est ce que 1’aime à croire.

Au reste, ce n’est jamais que par des ouvrages de cette nature qu’une langue acquiert des droits à la vénération. Les livres des principes universels appelés King par les Chinois, ceux de la science divine appelés Veda ou Beda par les Hindous, le Sépher de Moyse, voilà ce qui rend à jamais illustres et le chinois, et le sanscrit, et l’hébreu : Quoique le tatare oïghoury soit une des langues primitives de l’Asie, je ne l’ai point fait entrer au nombre de celles dont l’étude est nécessaire à celui qui veut remonter au principe de la Parole ; parce que rien ne saurait ramener à ce principe, dans un idiome qui n’a point de littérature sacrée.



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Livre de Fabre d’Olivet : Littérature sacrée

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Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 6.

Or, comment les Tatares auraient-ils eu une littérature sacrée ou profane, eux qui ne connaissaient pas même les caractères de l’écriture ? Le célèbre Gengis khan, dont l’empire embrassait une étendue immense, ne trouva pas, au rapport des meilleurs auteurs, un seul homme parmi ses Moghols, en état d’écrire ses dépêches. Timour-Lenk, dominateur à son tour d’une partie de l’Asie, ne savait ni lire, ni écrire. Ce défaut de caractère et de littérature, en laissant les idiomes tatares dans une fluctuation continuelle, assez semblable à celle qu’éprouvent de nos jours les dialectes informes des peuples sauvages de l’Amérique, rend leur étude inutile à l’étymologie, et ne peut servir qu’à jeter dans l’esprit des lueurs incertaines, et presque toujours fausses. On ne doit rechercher l’origine de la Parole que sur des monuments authentiques, où la Parole elle-même ait laissé son empreinte ineffaçable. Si le Temps et la faux des révolutions eussent respecté davantage les livres de Zoroastre, j’aurais égalé sans doute à l’hébreu l’ancienne langue des Perses appelée Zend, dans laquelle sont écrits les fragments qui nous en restent ; mais après un examen long et impartial, je n’ai pu m’empêcher de voir, malgré toute la reconnaissance que j’ai ressentie pour les travaux inouïs d’Anquetil-du-Perron qui nous les a procurés, que le livre appelé aujourd’hui le Zend-Avesta par les Parses, n’est qu’une sorte de bréviaire, une compilation de prières et de litanies, où sont mêlés par-ci par-là quelques morceaux des livres sacrés de Zérédosht, l’antique Zoroastre, traduits en langue vivante ; car c’est précisément ce que signifie le mot Zend, langue vivante. L’Avesta primitif était divisé en vingt et une parties appelées Nosk, et entrait dans tous les détails de la nature , comme font les Védas et les Pouranas des Hindous avec lesquels il avait peut-être plus d’affinité qu’on ne pense. Le Boun-Dehesh qu’Anquetil-du-Perron a traduit du Pehlvi, sorte de dialecte plus moderne encore que le Zend, ne paraît être que l’abrégé de cette partie de l’Avesta qui traitait particulièrement de l’origine des Êtres et de la naissance de l’Univers.

W. Jones, qui juge comme moi que les livres originaux de Zoroastre sont perdus, pense que le Zend, dans lequel sont écrits les fragments que nous en possédons, est un dialecte du sanscrit, où le Pelhvi, dérivé du chaldaïque et du tatare cimmérien, a mêlé beaucoup de ses expressions. Cette opinion assez conforme à celle du savant d’Herbelot qui rapporte le Zend et le Pelhvi au chaldaïque nabathéen, c’est-à-dire à la plus ancienne langue de l’Assyrie, est d’autant plus probable que les caractères du Pelhvi et du Zend sont évidemment d’origine chaldaïque. Je ne doute pas que les fameuses inscriptions qui se trouvent dans les ruines de l’ancienne Isthakar, nommée Persépolis par les Grecs, et dont aucun savant n’a pu déchiffrer encore les caractères, n’appartiennent à la langue dans laquelle étaient écrits originairement les livres sacrés des Parses, avant qu’ils eussent été abrégés et traduits en pehlvi et en zend. Cette langue, dont le nom même a disparu, était peut-être parlée à la cour de ces monarques de l’Iran, dont fait mention Mohsen-al-Fany dans un livre très curieux intitulé Dabistan, et qu’il assure avoir précédé la dynastie des Pishdadiens, que l’on regarde ordinairement comme la première.



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Livre de Fabre d’Olivet : l’étude du Zend

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Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 7.

Mais sans m’engager plus avant dans cette digression, je crois en avoir dit assez pour faire entendre que l’étude du Zend ne peut être du même intérêt, ni produire les même fruits que celle du chinois, du sanscrit et de l’hébreu, puisqu’il n’est qu’un dialecte du sanscrit, et qu’il n’offre que quelques fragments de littérature sacrée, traduits d’une langue inconnue plus ancienne que lui. Il suffit de le faire entrer comme une sorte de supplément dans la recherche de l’origine de la Parole, en le considérant comme le lien qui réunit le sanscrit à l’hébreu.

Il en est de même de l’idiome scandinave, et des poésies runiques conservées dans l’Edda. Ces vénérables débris de la littérature sacrée des Celtes, nos aïeux, doivent être regardés comme un moyen de réunion entre les langues de l’antique Asie, et celle de l’Europe moderne. Ils ne sont point à dédaigner comme étude auxiliaire, d’autant plus qu’ils sont tout ce qui nous reste d’authentique touchant le culte des anciens Druides, et que les autres dialectes celtiques, tels que le Basque, le Breton armorique, le Breton wallique, ou cumraig, ne possédant rien d’écrit, ne peuvent mériter aucune espèce de confiance dans l’objet important qui nous occupe.

Mais revenons aux trois langues dont je recommande l’étude : le chinois, le sanscrit et l’hébreu : jetons un moment les yeux sur elles, et sans nous inquiéter, pour l’heure, de leurs formes grammaticales, pénétrons dans leur génie, et voyons en quoi il diffère principalement. La Langue chinoise est de toutes les langues actuellement vivantes sur la surface de la terre, la plus ancienne ; celle dont les éléments sont les plus simples et les plus homogènes. Née au milieu de quelques hommes grossiers séparés des autres hommes par l’effet d’une catastrophe physique arrivée au globe, elle s’est renfermée d’abord dans les plus étroites limites, ne jetant que des racines rares et matérielles, et ne s’élevant pas au-dessus des plus simples perceptions des sens. Toute physique dans son origine, elle ne rappelait à la mémoire que des objets physiques : environ deux cents mots composaient tout son lexique ; et ces mots, réduits encore à la signification la plus restreinte, s’attachaient tous à des idées locales et particulières. La Nature, en l’isolant ainsi de toutes les langues, la défendit longtemps contre le mélange ; et lorsque les hommes qui la parlaient, s’étant multipliés, purent se répandre au loin et se rapprocher des autres hommes, l’art vint à son secours et la couvrit d’un rempart impénétrable. J’entends par ce rempart les caractères symboliques dont une tradition sacrée rapporte l’origine à Fo-hi. Ce saint homme, dit cette tradition, ayant examiné le ciel et la terre, et recherché la nature des choses mitoyennes, traça les huit Koua, dont les diverses combinaisons suffirent pour exprimer toutes les idées alors développées dans l’intelligence du peuple. Agi moyen de cette invention il fit cesser l’usage des noeuds dans les cordes qui avait eu lieu jusqu’alors.



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Livre de Fabre d’Olivet : le peuple chinois

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Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 8.

(Cette tradition est tirée de la grande histoire Tsée-tchi-Kien-Kang-Mou, que l’empereur Kang-hi fit traduire en tatare, et décora d’une préface.)

Cependant à mesure que le peuple chinois s’étendit, à mesure que son intelligence fit des progrès, et s’enrichit de nouvelles idées, sa langue suivit ces divers développements. Le nombre de ses mots, fixés par les Koua symboliques, ne pouvant pas être augmenté, l’accent les modifia. De particuliers qu’ils étaient, ils devinrent génériques ; du rang de noms, ils s’élevèrent à celui de verbes ; la substance fut distinguée de l’esprit. Alors on sentit la nécessité d’inventer de nouveaux caractères, symboliques, qui en se réunissant facilement les uns avec les autres, pussent suivre l’essor de la pensée, et se prêter à tous les mouvements de l’imagination. Ce pas fait, rien n’arrêta plus la, marche de cet idiome indigène, qui, sans jamais varier ses éléments, sans admettre rien d’étranger dans sa forme, a suffi, pendant une suite incalculable de siècles aux besoins d’une nation immense ; lui a donné des livres sacrés qu’aucune révolution’ n’a pu détruire, et s’est enrichi de tout ce que le Génie métaphysique et moral peut enfanter de plus profond, de plus brillant et de plus pur.

Telle est cette langue qui, défendue par ses formes symboliques, inaccessible à tous les idiomes voisins, les a vus expirer autour d’elle, de la même manière qu’un arbre vigoureux voit se dessécher à ses pieds une foule de plantes frêles que son ombre dérobe à la chaleur fécondante du jour.

Le sanscrit n’est point originaire de l’Inde. S’il m’est permis d’exposer ma pensée, sans m’engager à la prouver, car ce ne serait ici ni le temps, ni le lieu ; je crois qu’un peuple de beaucoup antérieur aux Hindous, habitant une autre partie de la terre, vint dans des temps très reculés s’établir dans le Bharat-Wersh, aujourd’hui l’Indostan, et y porta un idiome célèbre appelé Bali ou Pali, dont on rencontre des vestiges considérables à Singala, capitale de l’île de Ceilan, aux royaumes de Siam, de Pegu, et dans tout ce que l’on appelle l’empire des Burmans. Partout cette langue est considérée comme sacrée. W. Jones qui a pensé comme moi, relativement à l’origine exotique du sanscrit, sans pourtant lui donner la langue balic pour souche primitive, montre que le pur hindi, originaire de la Tatarie, jargon informe à l’époque de cette colonisation, a reçu d’une langue étrangère quelconque, ses formes grammaticales et se trouvant dans une situation Cette vérité ne plaira pas aux gens passionnés pour ou contre, je le sens bien ; mais ce n’est pas ma faute si la vérité flatte si rarement les passions.



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Livre de Fabre d’Olivet : les langues-Mères

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Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 9.

Non, la Langue hébraïque n’est ni la première ni la dernière des langues ; ce n’est point la seule des langues-mères, comme l’a cru mal à propos un théosophe moderne que j’estime d’ailleurs beaucoup, parce que ce n’est pas la seule qui ait enfanté des merveilles divines ; c’est la langue d’un peuple puissant, sage, religieux ; d’un peuple contemplatif, profondément instruit dans les sciences morales, ami des mystères ; d’un peuple dont la sagesse et les lois ont été justement admirées. Cette langue, séparée de sa tige originelle, éloignée de son berceau par l’effet d’une émigration providentielle dont il est inutile de rendre compte en ce moment, devint l’idiome particulier du peuple hébreu ; et semblable à la branche féconde qu’un habile agriculteur ayant transplantée sur un terrain préparé à dessein, pour y fructifier longtemps après que le tronc épuisé d’où elle sort a disparu, elle a conservé et porté jusqu’à nous le dépôt précieux des connaissances égyptiennes.

Mais ce dépôt n’a point été livré aux caprices du hasard. La Providence, qui voulait sa conservation, a bien su le mettre à l’abri des orages. Le livre qui le contient, couvert d’un triple voile, a franchi le torrent des siècles, respecté de ses possesseurs, bravant les regards des profanes, et n’étant jamais compris que de ceux qui ne pouvaient en divulguer les mystères.

Ceci posé, revenons sur nos pas. J’ai dit que le chinois, isolé dès sa naissance, parti des plus simples perceptions des sens, était arrivé de développements en développements aux plus hautes conceptions de l’intelligence ; c’est tout le contraire de l’hébreu : cet idiome séparé, tout formé d’une langue parvenue à sa plus haute perfection, entièrement composé d’expressions universelles, intelligibles, abstraites, livré en cet état à un peuple robuste, mais ignorant, est tombé entre ses mains de dégénérescence en dégénérescence, et de restriction en restriction, jusqu’à ses éléments les plus matériels ; tout ce qui était esprit y est devenu substance ; tout ce qui était intelligible est devenu sensible ; tout ce qui était universel est devenu particulier.

Le sanscrit, gardant une sorte de milieu entre les deux, puisqu’il était le résultat dune langue faite, entée sur un idiome informe s’est déployé d’abord avec une admirable promptitude ; mais après avoir, comme le chinois et l’hébreu, jeté ses fruits divins, il n’a pu réprimer le luxe de ses productions : son étonnante flexibilité est devenue la source d’un excès qui a dû entraîner sa chute. Les écrivains hindous, abusant de la facilité qu’ils avaient de composer des mots, en ont composé d’une excessive longueur : non seulement ils en ont eu de dix, de quinze, de vingt syllabes, mais ils ont poussé l’extravagance jusqu’à renfermer, dans de simples inscriptions, des termes qui s’étendent jusqu’à cent et cent cinquante. Leur imagination vagabonde a suivi l’intempérance de leur élocution ; une obscurité impénétrable s’est répandue sur leurs écrits ; leur langue a disparu.



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Livre de Fabre d’Olivet : les Védas

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Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 10.

Mais cette langue déploie dans les Védas une richesse économe. C’est là qu’on peut examiner sa flexibilité native, et la comparer à la rigidité de l’hébreu, qui, hors l’amalgame de la Racine et du Signe, rie souffre aucune composition ; ou bien, à la facilité que laisse le chinois à ses mots, tous monosyllabiques, de se réunir ensemble sans se confondre jamais. Les beautés principales de ce dernier idiome résident dans ses caractères, dont la combinaison symbolique offre comme un tableau plus ou moins parfait, suivant le talent de l’écrivain. On peut dire, sans métaphore, qu’ils peignent le discours.

Ce n’est que par leur moyen que les mots deviennent oratoires. La langue écrite diffère essentiellement de la langue parlée. Celle-ci est d’un effet très médiocre et pour ainsi dire nul ; tandis que la première transporte le Lecteur en lui présentant une suite d’images sublimes. Les caractères sanscrits ne disent rien à l’imagination, et l’oeil qui les parcourt n’y fait pas la moindre attention ; c’est à l’heureuse composition de ses mots, à leur harmonie, au choix et à l’enchaînement des idées, que cet idiome doit son éloquence.

Le plus grand effet du chinois est pour les yeux ; celui du sanscrit est pour les oreilles. L’hébreu réunit les deux avantages, mais dans une moindre proportion. Issu de l’Égypte, où l’on se servait à la fois et des caractères hiéroglyphiques et des caractères littéraux, il offre une image symbolique dans chacun de ses mots, quoique sa phrase conserve dans son ensemble toute l’éloquence de la langue parlée. Voilà la double faculté qui lui a valu tant d’éloges de la part de ceux qui la sentaient, et tant de sarcasmes de la part de ceux qui ne la sentaient pas.



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Livre de Fabre d’Olivet : les caractères chinois

A l’origine la parole par Fabre d’Olivet


Sur l’origine de la Parole, et sur l’étude des Langues qui peuvent y conduire, suite 11.

Les caractères chinois s’écrivent de haut en bas, l’un au dessous de l’autre, en rangeant les colonnes de droite à gauche : ceux du sanscrit suivent la direction d’une ligne horizontale, allant de gauche à droite les caractères hébraïques, au contraire, procèdent de droite à gauche. Il semble que, dans l’arrangement des caractères symboliques, le génie de la langue chinoise rappelle leur origine, et les fasse encore descendre du ciel, comme on a dit que fit leur premier inventeur. Le sanscrit et l’hébreu, en traçant leurs lignes d’une manière opposée, font aussi allusion à la manière dont furent inventés leurs caractères littéraux ; car, comme le prétendait très bien Leibnitz, tout a sa raison suffisante ; mais comme cet usage appartient spécialement à l’histoire des peuples, ce n’est point ici le lieu d’entrer dans la discussion qu’entraînerait son examen. Je dois remarquer seulement que la méthode que suit l’hébreu était celle des anciens Égyptiens, comme le rapporte. Les Grecs, qui reçurent leurs lettres des Phéniciens, écrivirent aussi quelque temps de droite à gauche ; mais leur origine, tout à fait différente, leur fit bientôt modifier cette marche. D’abord ils tracèrent, leurs lignes en forme de sillons, en allant de droite à gauche et revenant alternativement de gauche à droite : ensuite ils se fixèrent à la seule méthode que nous avons aujourd’hui, et qui est celle du sanscrit, avec lequel les langues européennes ont, comme je l’ai déjà dit, beaucoup d’analogie. Ces trois manières d’écrire méritent d’être considérées avec soin, tant dans les trois langues typiques, que dans les langues dérivées qui s’y attachent directement ou indirectement. Je borne là ce parallèle : le pousser plus loin serait inutile, d’autant plus que ne pouvant exposer à la fois les formes grammaticales du chinois, du sanscrit et de l’hébreu, je courrais risque de n’être pas entendu. Il faut faire un choix.

Si j’avais espéré d’avoir le temps et les secours nécessaires, je n’aurais pas balancé à prendre d’abord le chinois pour base de mon travail, me réservant de passer ensuite du sanscrit à l’hébreu, en appuyant ma méthode d’une traduction originale du King, du Veda et du Sépher : mais dans la presque certitude du contraire, et poussé par des raisons importantes, je me suis déterminé à commencer par l’hébreu, comme offrant un intérêt plus direct, plus général, plus à la portée de mes Lecteurs, et promettant d’ailleurs des résultats d’une utilité plus prochaine. Je me suis flatté que si les circonstances ne me permettaient pas de réaliser mon idée à l’égard du sanscrit et du chinois, il se trouverait des hommes assez courageux, assez dociles à l’impulsion que la Providence donne vers le perfectionnement des sciences et le bien de l’humanité, pour entreprendre ce travail pénible et pour terminer ce que j’aurais commencé.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : Le Sépher de Moïse, authenticité

Le Sépher de Moïse la source de la Bible


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées. I

En choisissant la Langue hébraïque, je ne me suis dissimulé aucune des difficultés, aucun des dangers auxquels je m’engageais. Quelque intelligence de la Parole et des langues en général, et le mouvement inusité que j’avais donné à, mes études, m’avaient convaincu dès longtemps que la Langue hébraïque était perdue, et que la Bible que nous possédions était loin d’être l’exacte traduction dit Sépher de Moyse. Parvenu à ce Sépher original par d’autres voies que celle des Grecs et des Latins, porté de l’orient à l’occident de l’Asie par nue impulsion contraire à celle que l’on suit ordinairement dans l’exploration des largues, je m’étais bien aperçu que la plupart des interprétations vulgaires étaient fausses, et que, pour restituer la langue de Moyse dans sa grammaire primitive, il me faudrait heurter violemment des préjugés scientifiques ou religieux que l’habitude, l’orgueil, l’intérêt, la rouille des âges, le respect qui s’attache aux erreurs antiques, concouraient ensemble à consacrer, à raffermir, à vouloir garder.

Mais s’il fallait toujours écouter ces considérations pusillanimes, quelles seraient les choses qui se perfectionneraient ? L’homme clans son adolescence a-t-il besoin des mêmes secours que l’enfant à la lisière ? Ne change-t-il pas de vêtements comme de nourriture ? Et n’est-il pas d’autres leçons pour l’âge viril que pour la jeunesse ? Les nations sauvages ne marchent-elles pas vers la civilisation ? Celles qui sont civilisées, vers l’acquisition des sciences ? Ne voit-on pas la tanière du troglodyte faire place au chariot du chasseur, à la tente du pasteur, à la cabane de l’agriculteur ; et cette cabane se transformer tour à tour, grâce au développement progressif du commerce et des arts, en commode maison, en château, en palais magnifique, en temple somptueux ? Cette cité superbe que vous habitez, et ce Louvre qui étale à vos yeux une si riche architecture, ne reposent-ils pas sur le même sol où s’élevaient naguères quelques misérables baraques de pêcheurs.

Il est, n’en doutez pas, des moments marqués par la Providence, où l’impulsion qu’elle donne vers de nouvelles idées, sapant des préjugés utiles dans leur origine, mais devenus superflus, les force à céder, comme un habile architecte déblayant les grossières charpentes qui lui ont servi à supporter les voûtes de son édifice. Autant, il serait maladroit ou coupable d’attaquer ces préjugés ou d’ébranler ces charpentes, lorsqu’ils servent encore d’étai soit à l’édifice social, soit à l’édifice particulier, et d’aller, sous prétexte de leur rusticité, de leur mauvaise grâce, de leur embarras nécessaire, les renverser hors de propos ; autant il serait ridicule ou timide de les laisser en place les uns et les autre, par l’effet d’un respect frivole ou suranné, d’une faiblesse superstitieuse et condamnable, lorsqu’ils ne servent plus à rien, qu’ils encombrent, qu’ils masquent, qu’ils dénaturent des institutions plus sages, ou des portiques plus nobles et plus élevés. Sans doute, dans le premier cas, et pour suivre ma comparaison, ou le Prince ou l’architecte doivent arrêter l’ignorant audacieux, et l’empêcher de s’ensevelir lui-même sous des ruines inévitables ; mais dans le second, au contraire, ils doivent accueillir l’homme intrépide qui, se présentant, ou le flambeau ou le levier à la main, leur offre, malgré quelques périls, un service toujours difficile.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : un travail opiniâtre

Le Sépher de Moïse la source de la Bible


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées. II

Si j’étais né un siècle ou deux plus tôt, et que des circonstances heureuses, servies par un travail opiniâtre, eussent mis les mêmes vérités à ma portée, je les aurais tues, comme ont dû les taire ou les renfermer hermétiquement plusieurs savants de toutes les nations ; mais les temps sont changés. Je vois, en jetant les yeux autour de moi, que la Providence ouvre les portes d’un nouveau jour. Partout les institutions se mettent en harmonie avec les lumières du siècle. Je n’ai point balancé. Quel que soit le succès de mes efforts, ils ont pour but le bien de l’humanité, et cette conscience intime me suffit.

Je vais donc restituer la Langue hébraïque dans ses principes originels, et montrer la rectitude et la force de ces principes en donnant, par leur moyen, une traduction nouvelle de cette partie du Sépher qui contient la Cosmogonie de Moyse. Je me trouve engagé à remplir cette double tâche par le choix même que j’ai fait, et dont il est inutile d’expliquer davantage les motifs. Mais il est bon, peut-être, avant d’entrer dans les détails de la Grammaire et des notes nombreuses qui précèdent ma traduction, la préparent et la soutiennent, que j’expose ici le véritable état des choses afin de prémunir les esprits droits contre les mauvaises directions qu’on pourrait leur donner, montrer le point exact de la question aux esprits explorateurs, et bien faire entendre à ceux que des intérêts ou des préjugés quelconques guideraient ou égareraient, que je mépriserai toute critique qui sortira des limites de la science, s’appuiera sur des opinions ou des autorités illusoires ; et que je ne connaîtrai de digne athlète que celui qui se présentera sur le champ de bataille de la vérité, et armé par elle.

Car, s’agit il de mon style ? Je l’abandonne. Veut-on s’attaquer à ma personne ? Ma conscience est mon refuge. Est-il question du fond de cet ouvrage ? Qu’on entre en lice ; mais qu’on prenne garde aux raisons qu’on y apportera. Je préviens que toutes ne seront pas également bonnes pour moi. Je sais fort bien, par exemple, que les Pères de l’Église ont cru, jusqu’à St.-Jérôme, que la version hellénistique dite des Septante, était un ouvrage divin, écrit par des prophètes plutôt que par de simples traducteurs, ignorant souvent même, au dire de St : Augustin, qu’il existât un autre original ; mais je sais aussi que St.-Jérôme, jugeant cette version corrompue en une infinité d’endroits, et peu exacte, lui substitua une version latine, qui fut jugée seule authentique par le Concile de Trente, et pour la défense de laquelle l’Inquisition n’a pas craint d’allumer la flamme des bûchers. Ainsi les Pères ont d’avance contredit la décision du Concile, et la décision du Concile a condamné à son tour l’opinion des Pères ; en sorte qu’on ne saurait tout à fait trouver tort à Luther d’avoir dit que les interprètes hellénistes n’avaient point une connaissance exacte de l’hébreu, et que leur version était aussi vide de sens que d’harmonie puisqu’il suivait le sentiment de St.-Jérôme, approuvé en quelque sorte par le Concile ; ni même blâmer Calvin et d’autres savants réformés d’avoir douté de l’authenticité de la Vulgate, malgré la décision infaillible du Concile, puisque St.-Augustin avait bien condamné cet ouvrage d’après l’idée que toute l’Église s’en était formée de son temps.



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Livre de Fabre d’Olivet : l’autorité des Pères

Le Sépher de Moïse la source de la Bible


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées. I

Ce n’est donc ni de l’autorité des Pères, ni de celle des Conciles, qu’il faudra s’armer contre moi ; car l’une détruisant l’autre, elles restent sans effet. Il faudra se montrer avec une connaissance entière et parfaite de l’hébreu, et me prouver, non par des citations grecques et latines que je récuse, mais par des interprétations fondées sur des principes meilleurs que les miens, que j’ai mal entendu cette langue, et que les bases sur lesquelles repose mon édifice grammatical sont fausses. On sent bien qu’à l’époque où nous vivons ce n’est qu’avec de tels arguments qu’on peut espérer de me convaincre.

(Les Pères de l’Eglise peuvent sans doute être cités comme les autres écrivains, mais c’est sur des choses de fait, et selon les règles de la critique. Lorsqu’il s’agit de dire qu’ils ont cru que la traduction des Septante était un ouvrage inspiré de Dieu, les citer en pareil cas est irrécusable ; mais si l’on prétend par là prouver que cela est, la citation est ridicule. Il faut étudier, avant de s’engager dans une discussion critique, les excellentes règles que pose Fréret, le critique le plus judicieux que la France ait possédé. (Voyez Acad. de Belles-Let. T. VI. Mémoir. p. 146. T. IV. p. 411. T. XVIII. p. 49. T. XXI. Hist. p. 7. etc. )

Que si des esprits droits s’étonnent que seul, depuis plus de vingt siècles, j’aie pu pénétrer dans le génie de la langue de Moyse, et comprendre les écrits de cet homme extraordinaire, je répondrai ingénument que je ne crois point que cela soit ; que je pense, au contraire, que beaucoup d’hommes ont en divers temps et chez différents peuples possédé l’intelligence du Sépher de la même manière que je la possède ; mais que les uns ont renfermé avec prudence cette connaissance dont la divulgation eût été dangereuse alors, tandis que d’autres l’ont enveloppée de voiles assez épais pour être difficilement atteinte.



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Livre de Fabre d’Olivet : un homme sage

Le Sépher de Moïse la source de la Bible


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées. IV

Que si l’on refusait obstinément de recevoir cette explication, j’invoquerais le témoignage d’un homme sage et laborieux, qui ayant à répondre à une semblable difficulté, exposait ainsi sa pensée : "Il est très possible qu’un homme retiré aux confins de l’Occident, et vivant dans le XIXème siècle après J. C., entende mieux les livres de Moyse, ceux d’Orphée et les fragments qui nous restent des Étrusques, que les interprètes Égyptiens, les Grecs et les Romains des siècles de Périclès et d’Auguste. Le degré d’intelligence requis pour entendre les langues anciennes, est indépendant du mécanisme et du matériel de ces langues : il est tel que l’éloignement des lieux ne saurait lui porter atteinte. Ces livres anciens sont mieux entendus aujourd’hui qu’ils ne l’étaient même par leurs contemporains, parce que leurs auteurs, par la force de leur génie, se sont autant rapprochés de nous qu’ils se sont éloignés d’eux. Il n’est pas seulement question de saisir le sens des mots, il faut encore entrer dans l’esprit des idées. Souvent les mots offrent dans leurs rapports vulgaires un sens entièrement opposé. à l’esprit oui a présidé à leur rapprochement... "

Voyons maintenant quel est l’état des choses. J’ai dit que je regardais l’idiome hébraïque renfermé dans le Sépher comme une branche transplantée de la langue des Égyptiens. C’est une assertion dont je ne puis en ce moment donner les preuves historiques, parce qu’elles m’engageraient dans des détails trop étrangers à mon sujet ; mais il me semble que le simple bon sens doit suffire ici : car, de quelque manière que les Hébreux soient entrés en Égypte, de quelque manière qu’ils en soient sortis, on ne peut nier qu’ils n’y aient fait un fort long séjour. Quand ce séjour ne serait que de quatre à cinq siècles, comme e tout porte à le croire ; je demande de bonne foi, si une peuplade grossière, privée de toute littérature, sans institutions civiles ou religieuses qui la liassent, n’a pas dû prendre la langue du pays où elle vivait ; elle qui, transportée à Babylone, seulement pendant soixante-dix ans, et tandis qu’elle formait un corps de nation, régie par des lois particulières, soumise à un culte exclusif, n’a pu conserver sa langue maternelle, et l’a troquée pour le syriaque araméen, espèce de dialecte chaldaïque ; car l’on sait assez que l’hébreu, perdu dès cette époque, cessa d’être la langue vulgaire des Juifs.



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Livre de Fabre d’Olivet : vicissitudes du Sépher

L’Egypte terre du Sépher de Moïse


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite V

Je crois donc qu’on ne peut, sans fermer volontairement les yeux à l’évidence, rejeter un assertion aussi naturelle, et me refuser d’admettre que les Hébreux sortant d’Égypte après un séjour de plus de quatre cents ans, en emportèrent la langue. Je ne prétends pas détruire par là ce qu’ont avancé Bochart, Grotius, Huet, Leclerc, et les autres érudits modernes, touchant l’identité radicale qu’ils ont admise avec raison, entre l’hébreu et le phénicien ; car je sais que ce dernier dialecte, porté en Égypte par les rois pasteurs, s’y était identifié avec l’antique égyptien, longtemps avant l’arrivée des Hébreux sur le bord du Nil. Ainsi donc l’idiome hébraïque devait avoir des rapports très étroits avec le dialecte phénicien, le chaldaïque, l’arabe, et tous ceux sortis, d’une même souche ; mais longtemps cultivé en Égypte, il y avait acquis des développements intellectuels qui, avant la dégénérescence dont j’ai parlé, en faisaient une langue morale tout à fait différente du chananéen vulgaire. Est-il besoin de dire ici à quel point de perfection était arrivée l’Égypte ?

Qui de mes Lecteurs ne connaît les éloges pompeux que lui donne Bossuet, quand sortant un moment de sa partialité théologique, il dit que les plus nobles travaux et le plus bel art de cette contrée consistait à former les hommes ; que la Grèce en était si persuadée, que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même, et Solon, ces deux grands législateurs, et les autres qu’il se dispense de nommer, y allèrent apprendre la sagesse. Or, Moyse n’avait-il pas été instruit dans toutes les sciences des Égyptiens ? N’avait-il point, comme l’insinue l’historien des Actes des Apôtres, commencé par là à être puissant en paroles et en oeuvres ? Pensez-vous que la différence serait très grande, si les livres sacrés des Égyptiens, ayant surnagé sur les débris de leur empire, vous permettaient d’en faire la comparaison avec ceux de Moyse ? Simplicius qui, jusqu’à un certain point, avait été à même de la faire, cette comparaison, y trouvait tant de conformité, qu’il en concluait que le prophète des Hébreux avait marché sur les traces de l’antique Taôth.



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Livre de Fabre d’Olivet : des traductions incorrectes

Histoire du Sépher de Moïse


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite VI.

Quelques savants modernes, après avoir examiné le Sépher dans des traductions incorrectes, ou dans un texte qu’ils étaient inhabiles à comprendre, frappés de quelques répétitions, et croyant voir, dans des nombres pris à la lettre, des anachronismes palpables, ont imaginé, tantôt que Moyse n’avait point existé, tantôt qu’il avait travaillé sur des mémoires épars, dont lui-même ou ses secrétaires avaient maladroitement recousu les lambeaux. On a dit aussi qu’Homère était un être fantastique ; comme si l’existence de l’Iliade et de l’Odyssée, ces chefs-d’oeuvre de la poésie, n’attestaient pas l’existence de leur auteur ? Il faut être bien peu poète, et savoir bien mal ce que c’est que l’ordonnance et le plan d’un oeuvre épique, pour penser qu’une troupe de rapsodes se succédant les uns aux autres, puisse jamais arriver à l’unité majestueuse de l’Iliade. Il faut avoir une idée bien fausse de l’homme et de ses conceptions, pour se persuader qu’un livre comme le Sépher, le King, le Veda, puisse se supposer, s’élever par supercherie, au rang d’Écriture divine, et se compiler avec la même distraction que certains auteurs apportent à leurs libelles indigestes.

Sans doute quelques notes, quelques commentaires, quelques réflexions écrites d’abord en marge, ont pu se glisser dans le texte du Sépher ; Esdras a pu mal restaurer quelques passages mutilés ; mais la statue d’Apollon Pythien, pour quelques brisures légères, n’en reste pas moins debout, comme le chef-d’oeuvre d’un sculpteur unique dont le nom ignoré est ce qui importe le moins. Méconnaître dans le Sépher le cachet d’un grand homme, c’est manquer de science ; vouloir que ce grand homme ne s’appelle pas Moyse, c’est manquer de critique. Il est certain que Moyse s’est servi de livres plus anciens et, peut-être de mémoires sacerdotaux, comme l’ont soupçonné Leclerc, Richard Simon et l’auteur des conjectures sur la Genèse. Mais Moyse ne le cache point ; il cite dans deux ou trois endroits du Sépher le titre des ouvrages qu’il a sous les yeux : c’est le livre des Générations d’Adam ; c’est le livre des Guerres de IÔHAH, c’est le livre des Prophéties. Il est parlé dans Josué du livre des Justes. Il y a fort loin de là à compiler de vieux mémoires, à les faire compiler par des scribes, comme l’ont avancé ces écrivains ; ou bien à les abréger, comme le pensait Origène. Moyse créait en copiant : voilà ce que fait le vrai génie. Est-ce qu’on pense que l’auteur de l’Apollon Pythien n’avait point de modèles ? Est-ce qu’on imagine, par hasard, qu’Homère n’a rien imité ? Lé premier vers de l’Iliade est copié de la Démétréide d’Orphée. L’histoire d’Hélène et de la guerre de Troie était conservée dans les archives sacerdotales de Tyr, où ce poète la prit. On assure même qu’il la changea tellement, que d’un simulacre de la Lune il fit une femme, et des Éons, ou Esprits célestes qui s’en disputaient la possession, des hommes qu’il appela Grecs et Troyens.



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Livre de Fabre d’Olivet : le sanctuaire d’Égypte

L’Egypte terre du Sépher de Moïse


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite VII.

Moyse avait pénétré dans les sanctuaires de l’Égypte, et il avait été initié aux mystères ; on le découvre facilement en examinant la forme de sa Cosmogonie. Il possédait sans doute un grand nombre d’hiéroglyphes qu’il expliquait dans ses écrits, ainsi que Phylon l’assure ; son génie et son inspiration particulière faisaient le reste. Il se servait de la langue égyptienne dans toute sa pureté.

Je ne me suis point arrêté à combattre l’opinion de ceux qui paraissent croire que le copte ne diffère point de l’égyptien antique ; car, comment s’imaginer qu’une pareille opinion soit sérieuse ?

Autant vaudrait dire que la langue de Bocace et du Dante est la même que celle de Cicéron et de Virgile. On peut faire montre d’esprit en soutenant un tel paradoxe ; mais on ne fera preuve ni de critique, ni même de sens commun.

Cette langue était alors parvenue au plus haut degré de perfection. Elle ne tarda pas à s’abâtardir entre les mains d’une peuplade grossière, abandonnée à elle-même au milieu des déserts de l’Idumée. C’était un géant qui s’était montré tout à coup au sein d’une troupe de pygmées. Le mouvement extraordinaire qu’il avait imprimé à sa nation ne pouvait pas durer, mais ils suffisait que le dépôt sacré qu’il lui laissait dans le Sépher fût gardé avec soin pour que les vues de la Providence fussent remplies. II paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moyse lui-même prévoyant le sort que son livre devait subir, et les fausses interprétations qu’on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale qu’il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu’il chargea de transmettre, dans le secret du sanctuaire, à d’autres hommes qui, la transmettant à leur tour d’âge en age, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale, que les Juifs modernes se flattent encore de posséder, se nomme Kabbale, d’un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d’ailleurs, ce qui se passe de main en main, etc. Les livres les plus fameux qu’ils possèdent, tels que ceux du Zohar, le Bahir ; les Medrashim, les deux Gemares, qui composent le Thalmud, sont presque entièrement kabbalistiques.



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Livre de Fabre d’Olivet : Moïse et la loi orale

L’Egypte terre du Sépher de Moïse


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées. VII

Il serait très difficile de dire aujourd’hui si Moyse a réellement laissé cette loi orale, ou si, l’ayant laissée, elle ne s’est point altérée, comme paraît l’insinuer le savant Maimonides, quand il écrit que ceux de sa nation ont perdu la connaissance d’une infinité de choses sans lesquelles il est presque impossible d’entendre la Loi. Quoi qu’il en soit, on ne peut se dissimuler qu’une pareille institution ne fut parfaitement dans l’esprit des Égyptiens, dont on connaît assez le penchant pour les mystères.

Au reste, la chronologie peu cultivée avant les conquêtes de Kosrou, ce fameux monarque persan que nous nommons Cyrus, ne permet guère de fixer l’époque de l’apparition de Moyse. Ce n’est que par approximation qu’on peut placer, environ quinze cents ans avant l’ère chrétienne, l’émission du Sépher. Après la mort de ce législateur théocratique, le peuple auquel il avait confié ce dépôt sacré demeure encore dans le désert pendant quelque temps, et ne s’établit qu’après plusieurs combats. Sa vie errante influe sur son langage, qui dégénère rapidement. Son caractère s’aigrit ; son esprit turbulent s’allume. Il tourne les mains contre lui-même. Sur douze tribus qui le composaient, une, celle de Benjamin, est presque entièrement détruite. Cependant la mission qu’il avait à remplir, et qui avait nécessité des lois exclusives, alarme les peuples voisins ; ses moeurs, ses institutions extraordinaires, son orgueil, les irritent ; il est en butte à leurs attaques. En moins de quatre siècles, il subit jusqu’à six fois l’esclavage ; et six fois il est délivré par les mains de la Providence, qui veut sa conservation. Au milieu de ces catastrophes redoublées, le Sépher est respecté : couvert d’une utile obscurité, il suit les vaincus, échappe aux vainqueurs, et pendant longtemps reste inconnu à ses possesseurs mêmes. Trop de publicité eût alors entraîné sa perte. S’il est vrai que Moyse eût laissé des instructions orales pour éviter la corruption du texte, il n’est pas douteux qu’il n’eût pris toutes les précautions possibles pour veiller à sa conservation : On peut donc regarder comme une chose très probable, que ceux qui se transmettaient en silence et dans le plus inviolable secret, les pensées du prophète, se confiaient de la même manière son livre ; et, au milieu des troubles, le préservaient de la destruction.



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Livre de Fabre d’Olivet : sortie d’Égypte

L’Egypte terre du Sépher de Moïse


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite VIII.

Mais enfin, après quatre siècles de désastres, un jour plus doux semble luire sur Israël. Le sceptre théocratique est partagé ; les Hébreux se donnent un roi, et leur empire, quoique resserré par de puissants voisins, ne reste pas sans éclat. Ici un nouvel écueil se montre. La prospérité va faire ce que n’ont pu les plus effroyables revers. La mollesse, assise sur le trône, s’insinue jusque dans les derniers rangs du peuple. Quelques froides chroniques, quelques allégories mal comprises, des chants de vengeance et d’orgueil, des chansons de volupté, décorés des noms de Josué, de Ruth, de Samuel, de David, de Salomon, usurpent la place du Sépher. Moyse est négligé ; ses lois sont méconnues. Les dépositaires de ses secrets, investis par le luxe, en proie à toutes les tentations de l’avarice, vont oublier leurs serments. La Providence lève le bras sur ce peuple indocile, le frappe au moment où il s’y attendait le moins. Il s’agite dans des convulsions intestines ; il se déchire. Dix tribus se séparent et gardent le nom d’Israël. Les deux autres tribus prennent le nom de Juda. Une haine irréconciliable s’élève entre ces deux peuples rivaux ; ils dressent autel contre autel, trône contre trône : Samarie et Jérusalem ont chacune leur sanctuaire. La sûreté du Sépher naît de cette division.

Au milieu des controverses que fait naître ce schisme, chaque peuple rappelle son origine, invoque ses lois méconnues, cite le Sépher oublié. Tout prouve que ni l’un ni l’autre ne possédait plus ce livre, et que ce ne fut que par un bienfait du ciel qu’il fut trouvé, longtemps après, au fond d’un vieux coffre, couvert de poussière, mais heureusement conservé sous un amas de pièces de monnaie que l’avarice avait vraisemblablement entassées en secret, et cachées à tous les yeux. Cet évènement décida du sort de Jérusalem. Samarie privée de son palladium, frappée un siècle auparavant par la puissance des Assyriens, était tombée ; et ses dix tribus, captives, dispersées parmi les nations de l’Asie, n’ayant aucun lien religieux, ou, pour parler plus clairement, n’entrant plus dans les vues conservatrices de la Providence, s’y étaient fondues : tandis que Jérusalem, ayant recouvré son code sacré, au moment de son plus grand péril, s’y attacha avec une force due rien ne put briser. Vainement les peuples de Juda furent conduits cil esclavage ; vainement leur cité royale fut détruite comme l’avait été Samarie, le Sépher, qui les suivit à Babylone, fut leur sauvegarde. Ils purent bien perdre, pendant les soixante-dix ans que dura leur captivité, jusqu’à leur langue maternelle, mais non pas être détachés de l’autour pour leurs lois. Il ne fallait pour les leur rendre qu’un homme de génie. Cet homme se trouva, car le génie ne manque jamais là ou la Providence l’appelle.



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Livre de Fabre d’Olivet : Esdras et Babylone

L’Egypte terre du Sépher de Moïse


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite IX.

Esdras était le nom de cet homme. Son aime était forte, et sa constance à l’épreuve de tout. Il voit que le moment est favorable, que la chute de l’empire assyrien, renversé par les mains de Cyrua, lui donne la facilité de rétablir le royaume de Juda. Il en profite habilement. Il obtient du monarque persan la liberté des Juifs ; il les conduit sur les ruines de Jérusalem. Mais avant même leur captivité, la politique des rois d’Assyrie avait ranimé le schisme samaritain. Quelques peuplades cuthéennes ou . Ils l’accusèrent auprès du grand roi de fortifier une ville, et de faire plutôt une citadelle qu’un temple. On dit même que, non contents de le calomnier, ils s’avancèrent vers lui pour le combattre. scythiques, amenées à Samarie, s’y étaient mêlées à quelques débris d’Israël, et même à quelques restes de Juifs qui s’y étaient réfugiés. On avait à Babylone conçu le dessein de les opposer aux Juifs dont l’opiniâtreté religieuse inquiétait. On leur avait envoyé une copie du Sépher hébraïque, avec un prêtre dévoué aux intérêts de la cour. Aussi, lors qu’Esdras parut, ces nouveaux samaritains s’opposèrent de toutes leurs forces à son établissement.

Mais Esdras était difficile à intimider. Non seulement il repousse ces adversaires, déjoue leurs intrigues ; mais les frappant d’anathème lève entre eux et les Juifs une barrière insurmontable. Il fait plus ne pouvant leur ôter le Sépher hébraïque, dont ils avaient reçu la copie de Babylone, il songe à donner une autre forme au sien, et prend la résolution d’en changer les caractères.

Ce moyen était d’autant plus facile, que les Juifs ayant, à cette époque, non seulement dénaturé, mais perdu tout à fait l’idiome de leurs aïeux, en lisaient les caractères antiques avec difficulté, accoutumés comme ils l’étaient au dialecte assyrien, et aux caractères plus modernes dont les Chaldéens avaient été les inventeurs. Cette innovation que la politique seule semblait commander, et qui sans doute s’attachait à des considérations plus élevées, eut les suites les plus heureuses par la conservation du texte de Moyse, ainsi que j’en parlerai dans ma Grammaire. Elle fit naître entre les deux peuples une émulation qui n’a pas peu contribué à faire parvenir jusqu’à nous un livre auquel devait s’attacher de si hauts intérêts.

Esdras, au reste, n’agit pas seul dans cette circonstance. L’anathème qu’il avait lancé contre les Samaritains ayant été approuvé par les docteurs de Babylone, il les convoqua, et tint avec eux cette grande synagogue, si fameuse dans les livres des rabbins. Ce fut là que le changement de caractères fut arrêté ; qu’on admit les points-voyelles dans l’usage vulgaire de l’écriture, et que commença l’antique massore qu’il faut bien se garder de confondre avec la massore moderne, ouvrage des rabbins de Tibériade, et dont l’origine ne remonte pas au delà du cinquième siècle de l’ère Chrétienne.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : division en livres

Le Sépher de Moïse : le Livre


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite X.

La première mashore dont le nom indique l’origine assyrienne, ainsi que je le démontrerai dans ma Grammaire, règle la manière dont on doit écrire le Sépher, tant pour l’usage du temple que pour celui des particuliers ; les caractères qu’on doit y employer, les différentes divisions en livres, chapitres et versets que l’on doit admettre dans les ouvrages de Moyse ; la seconde massore, que j’écris avec une orthographe différente pour la distinguer de la première, outre les caractères, les points-voyelles, les livres, chapitres et versets dont elle s’occupe également, entre dans les détails les plus minutieux touchant le nombre de mots et de lettres qui composent chacune de ces divisions en particulier, et de l’ouvrage en général ; note ceux des versets ou quelque lettre manque, est superflue, ou bien a été changée pour une autre ; désigne par le mot Keri et Chetib les diverses leçons qu’on doit substituer, en lisant, les unes aux autres ; marque le nombre de fois que le même mot se trouve au commencement, au milieu ou à la fin d’un verset ; indique quelles lettres doivent être prononcées, sous-entendues, tournées sens dessus dessous, écrites perpendiculairement, etc. etc.

C’est pour n’avoir pas voulu distinguer ces deux institutions l’une de l’autre, que les savants des siècles passés se sont livrés à des discussions si vives : les uns, comme Buxtorff qui lie voyait que la première mashore d’Esdras, ne voulaient point accorder qu’il y eût rien de moderne, ce qui était ridicule relativement aux minuties dent je viens de parler : les autres, comme Cappelle, Morin, Walton, Richard Simon même, qui tic voyaient que la massore des rabbins de Tibériade, niaient qu’il y eût rien d’ancien, ce qui était encore plus ridicule, relativement aux choix des caractères, aux pointsvoyelles et aux divisions primitives du Sépher, parmi les rabbins, tous ceux qui ont quelque nom ont soutenu l’antiquité de la massore ; il n’y a eu que le seul Elias-Levita qui l’ait rapportée à des temps plus modernes. Mais peut-être n’entendait-il parler que de la massore de Tibériade. Il est rare que les rabbins disent tout ce qu’ils pensent.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : du Sépher à la Bible

Le Sépher de Moïse : le Livre


Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ; vicissitudes que ce livre a éprouvées, suite XI.

Esdras fit plus encore. Tant pour s’éloigner des Samaritains que pour complaire aux Juifs qu’une longue habitude et leur séjour à Babylone avaient attachés à certaines écritures plus modernes que celle de Moyse, et beaucoup moins authentiques, il en fit un choix, retoucha celles qui lui parurent défectueuses ou altérées, et en composa un recueil qu’il joignit au Sépher. L’assemblée qu’il présidait approuva ce travail, que les Samaritains jugèrent impie ; car il est bon de savoir que les Samaritains ne reçoivent absolument que le Sépher de Moyse, et rejettent toutes les autres écritures comme apocryphes. Les Juifs eux-mêmes n’ont pas aujourd’hui une égale vénération pour tous les livres qui composent ce que nous appelons la Bible. Ils conservent les écrits de Moyse avec une attention beaucoup plus scrupuleuse, les apprennent par coeur, et les récitent beaucoup plus souvent que les autres. Les savants qui ont été à portée d’examiner leurs divers manuscrits, assurent que la aux livres de la Loi est toujours beaucoup plus exacte et mieux traitée que le reste.

Cette révision et ces additions ont donné lieu de penser par la suite qu’Esdras avait été l’auteur de toutes les écritures de la Bible. Non seulement les philosophistes modernes ont embrassé cette opinion, qui favorisait leur scepticisme, mais plusieurs Pères de l’église, et plusieurs savants ont soutenue avec feu, la croyant plus conforme à leur haine contre les Juifs : ils s’appuyaient surtout d’un passage attribué à Esdras lui-même. Je pense avoir assez prouvé par le raisonnement que le Sépher de Moyse ne pouvait être une supposition ni une compilation de morceaux détachés ; car on ne suppose ni ne compile jamais des ouvrages de cette nature : et quant à son intégrité du temps d’Esdras, il existe une preuve de fait qu’on ne peut accuser : c’est le texte samaritain. On sent bien, pour peu qu’on réfléchisse, que dans la situation où se trouvaient les choses, les Samaritains, ennemis mortels des Juifs, frappés d’anathème par Esdras, n’auraient jamais reçu un livre dont Esdras aurait été l’auteur. Ils se sont bien gardés de recevoir les autres écritures : et c’est aussi ce qui peut faire douter de leur authenticité. Mais mon dessein n’est nullement d’entrer dans une discussion à cet égard. C’est seulement des écrira de Moyse dont je m’occupe ; je les ai désignés exprès du nom de Sépher, pour les distinguer de la Bible en général, dont le nom grec rappelle la traduction des Septante, et comprend toutes les additions d’Esdras, et même quelques unes plus modernes.


SUITE LIVRET II...




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