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Livres de règles de sagesse dans le jeu de cabbale

Livre : la voix du silence

Livres traduits et annotés par H.P. Blavatsky


(JPG) RAGMENT -1-

Ces instructions sont pour ceux qui ignorent les dangers des Iddhi inférieurs. Le mot Iddhi est synonyme du Sanscrit Siddhis, et signifie les facultés psychiques, les pouvoirs supranormaux de L’Homme. Il y a deux espèces de Siddhis ; un groupe contient les énergies psychiques et mentales inférieures, grossières : l’autre exige le plus haut entraînement des pouvoirs spirituels. Comme dit Krishna dans la Shrimad Bhagavat :

"Celui qui est engagé dans l’accomplissement de Yoga, qui a soumis ses sens et concentré son esprit en moi, est un des Yogis que tous les Sidhhis sont prêts à servir".

Qui veut entendre et comprendre la voix de Nada La "Voix Muette" ou la "Voix du Silence". littéralement il faudrait peut-être lire : "La voix dans le son spirituel", car le mot Nada est l’équivalent Sanscrit du terme Senzar. ’Le son muet’, doit apprendre la nature de Dhâranâ Dhâranâ est la concentration intense et parfaite du mental sur quelque objet intérieur de perception, accompagnée d’un complet isolement de tout ce qui appartient à l’univers extérieur, ou au monde des sens.

Devenu indifférent aux objets de perception, l’élève devra chercher le Rajah des sens, producteur de pensée, celui qui éveille l’illusion.

Le mental est le grand destructeur du réel.

Que le disciple détruise le destructeur.

Car :

Lorsqu’à lui-même sa forme paraîtra non réelle, comme au réveil paraissent les formes vues en rêve ;

Lorsqu’il aura cessé d’entendre l’UNIQUE, le son intérieur qui tue l’extérieur.

Alors, et alors seulement, il abandonnera la région d’Asat, le faux, pour entrer dans le royaume de Sat, le vrai.

Avant que l’âme puisse voir, il faut avoir obtenu l’harmonie intérieure et rendu les yeux de chair aveugles à toute illusion.

Avant que l’âme puisse entendre, l’image (l’homme) doit être devenue sourde aux fracas comme aux murmures, aux cris des éléphants rugissants comme au bourdonnement argentin de la luciole d’or.

Avant que l’âme puisse comprendre et se souvenir, elle doit être unie au Parleur silencieux, comme à l’esprit du potier la forme sur laquelle l’argile est modelée.

Alors l’âme entendra, et se souviendra.

Alors à l’oreille intérieure parlera.

LA VOIX DU SILENCE

Et elle dira :

Si ton âme sourit en se baignant dans le soleil de ta vie ; si ton âme chante dans sa chrysalide de chair et de matière ; si ton âme pleure en son château d’illusion ; si ton âme se débat pour briser le fil d’argent qui l’attache au Maître Le "Grand Maître" est le terme employé par les Lanous ou chélas (disciples) pour indiquer notre "Soi supérieur". C’est l’équivalent d’Avalôkitéshwara, et le même que l’Adi-Bouddha des occultistes bouddhistes, l’Atman (le Soi supérieur des Brahmines et le Christos des anciens Gnostiques. sache-le, disciple, c’est de la terre qu’est ton âme.

Lorsque ton âme Âme est employé ici pour Ego humain ou Manas, ce qui dans notre division septenaire est appelé "âme humaine", pour la distinguer des âmes spirituelle et animale. en bouton prête l’oreille au tumulte du monde ; lorsque ton âme répond à la voix rugissante de la grande illusion ; Mahâ Mâyâ, "grande illusion", l’univers objectif.

lorsque effrayée à la vue des chaudes larmes de la douleur, assourdie par les cris de détresse, ton âme se retire comme la timide tortue dans la carapace de l’égoïsme, sache-le disciple, ton âme est un tabernacle indigne de son Dieu silencieux.

Quand, devenant plus forte, ton âme se glisse hors de sa sûre retraite, et s’arrachant à son enveloppe protectrice, déroule son fil argenté et s’élance ; quand, apercevant son image sur les vagues de l’espace, elle murmure :"Cela c’est moi" ; avoue, disciple, que ton âme est prise dans le tissu de l’erreur. Sakkâyaditthi, "l’erreur" de la personnalité

Cette terre, disciple, est la salle de douleur ; ici, le long du sentier des dures épreuves, des pièges sont semés pour saisir ton Ego dans l’illusion appelée "la grande hérésie". Attavâda, l’hérésie de la croyance à l’âme, ou plutôt à la séparation de cette âme, ou soi, d’avec le Soi unique, universel et infini.

Cette terre, ô disciple ignorant, n’est que l’entrée sinistre menant au crépuscule qui précède la vallée de vraie lumière, cette lumière que nul ne peut éteindre, cette lumière qui brûle sans mèche ni aliment.

Il est dit dans la grande Loi : "Avant de devenir le connaisseur du TOUT SOI (Le Tattwajnâni est celui qui connaît ou discerne les principes de la nature ou de l’homme : et l’Atmajnâni est le connaisseur d’Atman ou du Soi universel, unique), tu dois être d’abord le connaisseur de ton SOI". Pour arriver à connaître ce Soi, il faut abandonner le soi au non-soi, l’être au non-être ; alors tu pourras reposer entre les ailes du Grand-Oiseau. Oui, doux est le repos entre les ailes de ce qui n’est pas né, de ce qui ne meurt pas, mais qui est l’AUM Kâla Hamsa "l’oiseau" ou cygne. Il est dit dans la Nâda-Bindou Oupanishad (Rig Véda) : "La Syllabe A est considérée comme son aile droite, U, l’aile gauche, M, la queue, et l’Ardhamâtra (demi-mètre), comme sa tête.", à travers l’éternité des âges. Éternité signifie, pour les Orientaux, tout autre chose que pour nous et indique généralement les 100 années ou l’âge de Brahmâ, la durée d’un Kalpa, ou une période de 4,320,000,000 d’années.

Monte l’Oiseau de vie, si tu veux savoir D’après le Nâda-Bindou, déjà cité, "un Yogi qui monte le Hamsa (qui médite sur Aum) n’est pas affecté par les influences karmiques ni par les milliards de péchés.

Abandonne ta vie, si tu veux vivre. Abandonne la vie de la personnalité physique si tu veux vivre en Esprit.

Trois salles, ô pèlerin fatigué, aboutissent au terme des labeurs. Trois salles, ô conquérant de Mâra, te mèneront par trois états Les trois états de conscience, qui sont Jâgrat, la veille ; Swapna, le rêve ; et Soushoupti, le profond sommeil. Ces trois conditions yogiques mènent à la quatrième. au quatrième, L’état Touriya, au delà de l’état sans rêve ; l’état suprême, celui de haute conscience spirituelle. et de là dans les sept mondes, Certains mystiques sanscrits placent sept plans d’être, les sept Lokas ou mondes spirituels, dans le corps de Kâla-Hamsan, le cygne hors du temps et de l’espace, qui devient le cygne dans le temps, lorsqu’il devient Brahmâ au lieu de Brahma neutre. les mondes d’éternel repos.

Si tu veux savoir leurs noms, écoute et souviens-toi.

Le nom de la première salle est IGNORANCE, Avidya.

C’est la salle où tu as vu le jour, où tu vis, et où tu mourras.Le monde phénoménal des sens et de la conscience terrestre, seulement.

Le nom de la seconde est la salle d’APPRENTISSAGE. Là ton âme trouvera les fleurs de la vie, mais sous chaque fleur un serpent enroulé. La région astrale, le monde psychique des perceptions supersensuelles et des visions trompeuses,le monde des médiums. C’est le grand "serpent astral" d’Eliphas Lévi. Aucune fleur cueillie dans ces régions n’a encore jamais été rapportée sur terre sans un serpent enroulé autour de sa tige. C’est le monde de la grande illusion.

Le nom de la troisième salle est SAGESSE ; au delà s’étendent les eaux sans rivages d’AKSHARA, source intarissable de l’omniscience. La région de la pleine conscience spirituelle au delà de laquelle il n’y a plus de danger pour celui qui l’a atteinte.

Si tu veux traverser sain et sauf la première salle, ne permets pas à ton esprit de prendre pour le soleil de vie les feux de luxure qui y brûlent.

Si tu veux franchir sans danger la seconde, ne t’arrête pas à respirer le parfum de ses fleurs soporifiques. Si tu veux être libre des chaînes karmiques, ne cherche pas ton Gourou dans ces régions mâyaviques.

Les SAGES ne s’attardent pas dans les bosquets des sens.

Les SAGES ne prennent pas garde aux voix mielleuses de l’illusion.

Celui qui doit te donner naissance L’initié qui conduit le disciple, par la connaissance qui lui est donnée, a sa naissance spirituelle ou seconde, est appelé le Père, Gourou ou Maître. cherche-le dans la salle de sagesse, la salle qui s’étend au delà, où toutes ombres sont inconnues, et où la lumière de vérité resplendit d’une gloire ineffable.

Ce qui est incréé réside en toi, disciple, comme aussi dans cette salle. Si tu veux y atteindre et fusionner les deux, il faut dépouiller tes sombres vêtements d’illusions. Étouffe la voix de la chair, ne laisse aucune image des sens s’interposer entre cette lumière et la tienne, afin que les deux puissent se fondre en une. Dès que tu auras appris ta propre Ajnâna, Ajnâna est l’ignorance ou la non-sagesse, l’opposé de la connaissance ou Jnana. fuis la salle d’apprentissage. Cette salle est dangereuse dans sa perfide beauté, et n’est utile que pour ta probation. Prends garde lanou, qu’éblouie par un rayonnement illusoire ton âme ne s’attarde et ne se prenne à cette clarté décevante.

Cette clarté rayonne du joyau du grand ensorceleur (Mâra). Mâra dans les régions exotériques est un démon, un asoura : mais en philosophie ésotérique, il est la personnification de la tentation par les vices des hommes, et, traduit littéralement, signifie "ce qui tue" l’âme. Il est représenté comme Roi (des mâras), avec une couronne où brille un joyau d’un tel éclat, qu’il aveugle ceux qui le regardent : cet éclat est évidemment une allusions à la fascination exercée par le vice sur certaines natures. Elle séduit les sens, aveugle le mental, et abandonne l’imprudent comme une épave.

La phalène attirée vers la flamme étincelante de ta lampe nocturne est condamnée à périr dans l’huile visqueuse. L’âme imprudente qui manque l’occasion de saisir à bras-le-corps le démon moqueur de l’illusion reviendra vers la terre esclave de Mâra.

Regarde les légions d’âmes , observe comme elles errent au-dessus de la mer orageuse de la vie humaine, et comment, épuisées, sanglantes, les ailes brisées, elles tombent l’une après l’autre dans les vagues enflées. Ballottées par les vents furieux, poursuivies par l’ouragan, elles dérivent dans les remous et disparaissent dans le premier grand tourbillon.

Si, après avoir traversé la salle de sagesse,tu veux atteindre la vallée de béatitude, disciple, ferme bien tes sens à la grande et cruelle hérésie de la séparation qui te sèvre du reste.

Ne laisse pas ton principe céleste, plongé dans l’océan de Mâya, se détacher de la Mère universelle " L’Ame", mais laisse le pouvoir enflammé se retirer dans la chambre intime, la chambre du coeur La chambre intérieure du coeur, appelée en Sanscrit Brahma-poura. "Le pouvoir enflammé" est Koundalinî. et le séjour de la Mère du monde. "Pouvoir" et "Mère du monde" sont des noms données à Koundalinî, l’un des pouvoirs mystiques des Yogis. C’est Bouddhi considéré comme principe actif au lieu de passif (tandis qu’il est généralement passif, quand on ne le considère que comme le véhicule ou l’écrin de l’Esprit suprême, Atma). C’est une force électro-spirituelle, un pouvoir créateur qui une fois éveillé à l’activité peut tuer aussi bien que créer.

Alors, du coeur, ce pouvoir s’élèvera dans la sixième région, la région moyenne, l’endroit entre tes yeux, où il devient le souffle de l’Ame-Une, la voix qui remplit tout, la voix de ton Maître.

C’est seulement alors que tu pourras devenir un promeneur du ciel, Kechara, qui se promène ou va au ciel. Ainsi que l’explique le 6ième Adhyâva de ce roi des traités mystiques, le Jnâneshwari, - le corps du Yogi devient comme formé du vent ; comme "un nuage d’où les membres auraient poussé". Après quoi " il (Le Yogi) aperçoit les choses qui sont au delà des mers et des étoiles : il entend la langage des Dévas et le comprend, et perçoit ce qui se passe dans l’esprit de la fourmi". qui marche sur les vents au-dessus des vagues, sans que ses pas touchent les eaux.

Avant de poser le pied sur le degré supérieur de l’échelle des sons mystiques, tu devras entendre de sept manières la voix de ton Dieu intérieur. Le Soi supérieur

Le premier son est comme la douce voix du rossignol chantant à sa compagne un chant d’adieu.

Le second arrive comme le bruit d’une cymbale d’argent des Dhyânis éveillant les étoiles scintillantes.

Le suivant ressemble à la plainte mélodieuse d’un lutin de l’océan emprisonné dans son coquillage.

Il est suivi du chant de la vina. La vina est un instrument hindou à cordes ressemblant à un luth.

Le cinquième siffle dans ton oreille comme le son d’une flûte de bambou.

Puis il se change en un éclat de trompette.

Le dernier vibre comme le grondement sourd d’une nuée d’orage.

Le septième engloutit tous les autres sons ; ils meurent, et on ne les entendra plus.

Quand les six Les six principes : c’est-à-dire quand la personnalité inférieure est détruite et que l’individualité intérieure est plongée et perdue dans le septième principe ou Esprit. sont tués et déposés aux pieds du Maître, alors l’élève est plongé dans l’Un , Le disciple est un avec Brahma ou l’Atma devient cet Un, et il y vit.

Avant d’entrer dans ce sentier, tu dois détruire ton corps lunaire, La forme astrale produite par le principe kamique, le kama-roupa ou corps du désir. nettoyer ton corps mental, Mânasa-roupa. Le premier se rapporte au soi astral ou personnel : le second à l’individualité ou L’Ego qui se réincarne, et dont la conscience sur notre plan, ou Manas inférieur, doit être paralysée. et purifier ton coeur.

Les eaux pures de la vie éternelle, claires et cristallines, ne peuvent se mêler aux torrents boueux des tempêtes de la mousson.

La goutte de rosée céleste qui brille aux premiers rayons du matin dans le sein du lotus, devient un morceau d’argile lorsqu’elle tombe à terre : voilà la perle changée en fange.

Lutte avec tes pensées impures avant qu’elles te dominent. Agis avec elles comme elles le feraient avec toi ; si tu les ménages, qu’elles prennent racine et poussent, sache-le bien, ces pensées te terrasseront et te tueront. Prends garde, disciple, ne souffre même pas que leur ombre t’approche ; car, croissant en grandeur et en force, cette chose de ténèbres, absorbera ton être avant que tu aies bien pu te rendre compte de la sombre présence du monstre impur.

Avant que le pouvoir mystique Koundalini est appelé le pouvoir serpentin ou annulaire à cause de son travail ou progrès en spirale dans le corps du Yogi qui développe ce pouvoir en lui-même. C’est un pouvoir électrique, igné, occulte ou fohatique, la grande force primitive cachée sous toute matière organique et inorganique. puisse faire de toi un dieu, lanou, tu dois avoir acquis la faculté de tuer à volonté ta forme lunaire.

Le soi de matière et le Soi de l’esprit ne peuvent jamais se rencontrer. L"un doit disparaître, car il n’y a pas place pour deux.

Avant que l’esprit de ton âme puisse comprendre, le bourgeon de la personnalité doit être écrasé, et le ver des sens détruits sans résurrection possible.

Tu ne pourras parcourir le Sentier avant d’être devenu ce Sentier même. Il est parlé de ce Sentier dans toutes les oeuvres mystiques. Comme dit Krishna dans le Jnâneshwari : "quand ce sentier est aperçu, que l’on se dirige vers la floraison de l’orient ou les chambres de l’ouest, sans mouvement, ô porteur de l’arc, est le voyage sur cette route. Dans ce sentier, quelque part qu’on veuille aller, cet endroit, devient vous-même". "Tu es le sentier".

Laisse ton âme prêter l’oreille à tout cri de douleur, comme le lotus met son coeur à nu pour boire le soleil matinal.

Ne permets pas à l’ardent soleil de sécher une seule larme de souffrance, avant que tu n’aies toi-même essuyé les yeux affligés.

Mais laisse toute larme humaine tomber brûlante sur ton coeur et y rester, et ne l’en efface jamais avant que soit disparue la douleur qui l’a causée.

Homme au coeur plein de compassion, ces larmes sont les ruisseaux qui arrosent les champs de l’immortelle charité. C’est dans ce terrain-là que croît la fleur de minuit de Bouddha, L’Adeptat, la "floraison de Bodhisattva" . plus difficile à trouver, plus rare à contempler que la fleur de l’arbre Vogay. C’est la semence de la libération des renaissances. Elle isole l’Arhat de la lutte et de la convoitise, et le mène, à travers les champs de l’être, vers la paix et la béatitude connues seulement au pays du silence et du non-être.

Tue le désir ; si tu le tues, prends garde qu’il ne se relève d’entre les morts.

Tue l’amour de la vie ; cependant si tu détruis Tanhâ Tanhâ, la volonté de vivre, la crainte de la mort et l’amour de la vie, la force ou énergie qui cause les renaissances. que ce ne soit pas par soif de vie éternelle,mais pour remplacer le variable par l’immuable.

Ne désire rien. Ne t’emporte pas contre Karma, ni contre les lois invariables de la nature. Lutte seulement contre le personnel, le transitoire, l’éphémère et le périssable.

Aide la nature et travaille avec elle : la nature te regardera comme l’un de ses créateurs et fera sa soumission.

Et devant toi elle ouvrira tout grands les portails de ses chambres secrètes, et sous tes yeux elle mettra à nu les trésors cachés dans les profondeurs mêmes de son sein pur et vierge. Impolluée par la main de la matière, elle ne découvre ses trésors qu’a l’oeil spirituel, l’oeil qui ne se ferme jamais, l’oeil pour lequel il n’y a de voiles dans aucun de ses royaumes.

C’est alors qu’elle te montrera les moyens et la voie, la première porte et la seconde, la troisième, jusqu’à la septième même. Puis, le but, — au-delà duquel baignées dans le soleil de l’esprit, des gloires inexprimées s’étendent invisibles pour tous, sauf pour l’oeil de l’âme.

Il n’y a qu’une route qui mène au Sentier ; et c’est au bout seulement que l’on peut entendre la "Voix du Silence". L’échelle par où monte le candidat est faite d’échelons de souffrance et de peine ; la voix de la vertu peut seule faire taire leurs voix. Donc, malheur à toi, disciple, s’il est un seul vice que tu n’aies pas laissé derrière toi. Car alors l’échelle cédera et te renversera ; son pied repose dans la boue profonde de tes péchés et de tes erreurs, et avant de pouvoir essayer de traverser ce large abîme de matière, tu dois laver tes pieds dans les eaux du renoncement. Prends garde de poser un pied encore souillé sur le premier barreau. Malheur à qui ose salir un échelon avec des pieds boueux. La fange impure et visqueuse séchera, deviendra tenace, et lui rivera les pieds sur place ; comme un oiseau pris à la glu de l’astucieux oiseleur, il sera empêché d’aller plus loin. Ses vices prendront forme et l’entraîneront en bas. Ses péchés élèveront leurs voix, comme le chacal rit et sanglote après le coucher du soleil ; ses pensées deviendront une armée et le traîneront en captivité et en esclavage.

Tue tes désirs, lanou, rends tes vices impuissants, avant de faire le premier pas du solennel voyage.

Étrangle tes péchés et rends-les muets à tout jamais, avant de lever un pied pour monter à l’échelle.

Fais taire tes pensées, et fixe toute ton attention sur le Maître que tu ne vois pas encore, mais que tu pressens.

Engloutis tes sens en un seul sens, si tu veux être en sécurité contre l’ennemi. C’est par ce seul sens, caché dans la cavité de ton cerveau, que les faibles yeux de ton âme pourront découvrir le sentier ardu qui conduit à ton Maître.

Longue et lassante est devant toi la voie, ô disciple. Une seule pensée donnée au passé derrière te fera retomber et il faudra recommencer l’ascension.

Tue en toi-même toute souvenance d’impressions passées. Ne regarde pas en arrière, ou tu es perdu.

Ne crois pas qu’on puisse jamais détruire la luxure en la satisfaisant à satiété ; c’est là une abomination inspirée par Mâra. C’est quand on le nourrit que le vice prend de l’extension et des forces, comme le ver qui s’engraisse du coeur de la fleur.

La rose doit redevenir le bourgeon né de la branche mère, avant que le parasite ne l’ait rongée jusqu’au coeur et n’en ait bu la sève.

L"arbre doré produit ses bourgeons-bijoux avant que son tronc ne soit flétri par l’orage.

Le disciple doit regagner l’état d’enfance qu’il a perdu, avant que le premier son puisse frapper son oreille.

La lumière qui vient du seul Maître, la lumière d’or, spirituelle, unique, lance dès le début ses ondes éclatantes sur le disciple. Ses rayons franchissent les nuages de matière épais et sombres.

Ces rayons l’illuminent par-ci par-là, comme des étincelles de soleil éclairent la terre à travers l’épais feuillage de la jungle. Mais, ô disciple, à moins que la chair ne soit passive, la tête froide, l’âme aussi ferme et pure qu’un lumineux diamant, le rayonnement n’atteindra pas la chambre, La chambre intérieur du coeur, appelée en Sanscrit Brahma-pourra. "Le pouvoir enflammé" est Koundalinî. son éclat ne réchauffera pas le coeur, et les sons mystiques venus des hauteurs akâkashiques Ces sons mystiques, cette mélodie qu’entend l’ascète au début de son cycle de méditation, sont appelés Anâhatashabda par les Yogis. L’anâhata est le quatrième chakra. n’atteindront pas l’oreille, si attentive qu’elle soit, au stade initial.

A moins d’entendre, tu ne peux voir.

A moins de voir, tu ne peux pas entendre. Entendre et voir, c’est là le second stade.

Quand le disciple voit et entend, qu’il sent et goûte, yeux et oreilles fermés, bouche et narines closes ; quand les quatre sens se confondent et sont prêts à passer dans le cinquième, celui du toucher intérieur, - alors il a passé dans le quatrième stade.

Et dans le cinquième, ô destructeur de tes pensées, tout cela doit être tué encore une fois au-delà de toute résurrection possible. Ceci veut dire qu’au sixième stade de développement, qui dans le système occulte est Dhâranâ, tout sens, comme faculté individuelle,doit être tué (ou paralysé) sur ce plan, en passant et se plongeant dans le septième sens, le plus spirituel.

Tiens ton esprit à l’écart de tout objet du dehors, de tout spectacle extérieur. Tiens à l’écart les images intérieures, de peur qu’elles ne projettent une ombre sur ta lumière d’âme.

Tu est maintenant en Dhâranâ La "Voix Muette" ou la "Voix du Silence". littéralement il faudrait peut-être lire : "La voix dans le son spirituel’, car le mot Nada est l’équivalent Sanscrit du terme Senzar. le sixième stage.

Quand tu auras passé dans le septième, ô fortuné, tu ne percevras plus le Trois sacré Chaque stade de développement en Râja-Yoga est symbolisé par une figure géométrique. Celle-ci est le triangle sacré et précède Dhâranâ. Le É¢ est le signe des hauts chélas, tandis qu’un triangle d’une autre sorte est celui des hauts Initiés. C’est le symbole "Je" dont parle Bouddha et qu’il emploie comme symbole de la forme incarnée de Tathâgata, lorsqu’il est débarrassé des trois méthodes de la Prajnâ. Une fois franchis les échelons préliminaires et inférieurs, le disciple ne voit plus le É¢, mais le - abréviation du -, le septenaire complet. Sa vraie forme ne peut être donnée ici, car il est presque sûr qu’elle serait saisie au vol par des charlatans et employée à des usages sacrilèges et malhonnêtes. car tu seras toi-même devenu ces Trois : toi-même et le mental, comme des jumeaux de front, et l’étoile qui est ton but et brûle au-dessus de la tête. L’étoile qui brûle au-dessus de la tête est "l’étoile de l’initiation". La marque de caste des Shaïvas, ou fidèles de la secte de Shiva, le grand patron de tous les Yogis, qui est un point noir et rond, symbole peut-être du soleil, à l’heure actuelle, mais symbole de l’étoile de l’initiation en occultisme, aux jours de jadis. Les Trois qui résident dans la gloire et la béatitude ineffables ont maintenant perdu leurs noms dans le monde de Mâya. Ils sont devenus une seule étoile, le feu qui brûle sans consumer, ce feu qui est l’Oupâdhi La base (oupâdhi) de la flamme qui ne peut jamais être atteinte, tant que l’ascète est encore dans cette vie. de la flamme.

C’est là, ô Yogi de succès, ce que les hommes appellent Dhyâna Dhyâna est l’avant-dernier stade sur cette terre, à moins qu’on ne devienne un Mahâtma complet. Comme on l’a déjà dit, dans cet état, le Râja yogi est encore spirituellement conscient de soi, et du travail de ses principes supérieurs. Un pas de plus, et il sera sur le plan au delà du septième (ou quatrième suivant certaines écoles). Celles-ci après la pratique de Pratyâhâra - entraînement préliminaire qui consiste à maîtriser son mental et ses pensées - comptent Dhâranâ, Dhyâna et Samâdhi, et embrassent les trois,sous le nom générique de Samyama. véritable précurseur de Samâdhi. Samâdhi est l’état où l’ascète perd la conscience de toute individualité y compris la sienne. Il devient - le Tout. Et maintenant ton soi est perdu dans le SOI, toi-même en TOI-MÊME, absorbé dans LE SOI dont tu as rayonné tout d’abord.

Où est ton individualité, ô lanou, où est le lanou même ? C’est l’étincelle perdue dans le feu, la goutte dans l’océan, le rayon toujours présent devenu le Tout et le rayonnement éternel.

Et maintenant, ô lanou, tu es l’acteur et le témoin, le radiateur et la radiation ; la lumière dans le son et le son dans la lumière.

Tu as fait connaissance avec les cinq obstacles, ô Bienheureux. Tu es leur vainqueur, le maître du sixième, le libérateur des quatre modes de vérité. Les quatre modes de vérité sont en Bouddhisme septentrional ; Kou, souffrance et misère : Tou, l’assemblage des tentations : Mou, leur destruction, et Taou, le Sentier. Les "cinq obstacles" sont la connaissance de la misère, la vérité sur la faiblesse humaine, les abstentions pénibles et la nécessité absolue de se séparer de tous les liens de la passion et même des désirs : le "Sentier du Salut" est le dernier. La lumière qui les éclaire rayonne de toi-même, ô toi qui étais disciple, mais qui es à présent Maître.

Et de ces modes de vérité :

N’as-tu pas passé par la connaissance de toute misère - vérité première ?

N’as-tu pas vaincu le roi des Mâras à Tou, au portail de l’assemblage - vérité seconde ? Au portail de l’assemblage, le roi des Mâras, le Mahâ Mâra, se tient, essayant d’aveugler le candidat par l’éclat de son joyau.

N’as-tu pas, au troisième portail, détruit le péché et acquis la troisième vérité ?

N’est-tu pas entré dans la Taou, le sentier qui mène à la connaissance, - la quatrième vérité ? Celui-ci est le quatrième des cinq sentiers de la renaissance qui conduisent et précipitent tous les êtres humains en des états perpétuels de douleur et de joie. Ces sentiers ne sont que des subdivisions du sentier unique, le sentier suivi par Karma.

Et maintenant, repose sous l’arbre Bodhi, qui est la perfection de toute connaissance, car, sache-le, tu es maître de Samâdhi, l’état de vision infaillible.

Regarde ! Tu es devenu la lumière, tu es devenu le Son, tu es ton Maître et ton Dieu. Tu es toi-même l’objet de ta recherche : la Voix inaltérable qui résonne à travers les éternités, exempte de changement, exempte de péché, les sept sons en un, la

VOIX DU SILENCE

Om Tat Sat.

Suite II


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